Echos de Cézanne
BOOMOON est un photographe né à Daegu en 1955, qui vit aujourd’hui entre Séoul et Sokcho, en Corée du Sud. Il s’intéresse à la photographie dès le début des années 1970, abandonne rapidement la peinture, qui devait pourtant devenir sa spécialité, et s’inscrit au département de photographie de l’Université Chung-Ang à Séoul. Ses toutes premières œuvres sont principalement des photographies de rue. Les images en noir et blanc réalisées entre 1972 et 1975 constituent le cœur de sa première exposition personnelle, Photo Poems, présentée à Séoul en 1975. Ces paysages urbains sombres, empreints d’une anxiété incertaine et d’ironie, suscitent des réactions extrêmement contrastées. Les médias qualifient alors Boomoon d’« hérétique de la photographie coréenne ». Certaines critiques particulièrement virulentes ne font que renforcer sa détermination à poursuivre son travail photographique.
Dans les années 1970, Boomoon documente avec passion la transformation rapide de la société coréenne : la disparition progressive des villages traditionnels et les contrastes entre les communautés urbaines et rurales. Influencé par l’ouvrage Tristes Tropiques de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, il entreprend de photographier les villages traditionnels d’Andong, menacés par le vaste mouvement de modernisation qui touche alors tout le pays.
À partir des années 1980, il se tourne vers le paysage et développe une réflexion sur celui-ci comme moyen d’introspection et d’autoréflexion. La mer, le ciel, le désert et de vastes étendues dépourvues de présence humaine deviennent ses principaux sujets, souvent présentés sous forme de tirages de grand format. Au milieu des années 1990, Boomoon entame ses importantes séries On the Clouds et ses paysages marins. Celles-ci sont notamment présentées lors de son exposition personnelle à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière à Paris en 1997.
Depuis qu’il se consacre entièrement à l’art autour de l’an 2000, il produit une œuvre abondante et multiplie les expositions. Sa principale préoccupation demeure l’expérience de l’infini de la nature et la représentation de sa présence. Pour lui, la photographie est à la fois une méthode et l’aboutissement de son expérience du paysage :
« Lorsque je suis sur le terrain, c’est l’image elle-même qui décide du moment que j’attends. L’attente fait partie de la rencontre. Certains pourraient penser que c’est simplement par hasard que tous les éléments se réunissent pour révéler l’objet à photographier. Mais l’image est véritablement le point culminant de mon expérience complexe des relations avec le monde qui s’offre à moi. Je suis toujours émerveillé par la possibilité d’obtenir une image dans la seconde fugitive où plusieurs mondes physiques et mentaux se rencontrent. Le moment où l’obturateur s’ouvre enfin est la conclusion d’une situation. »